vendredi 29 février 2008

de l'éducation des enfants-robots

La question de l’intelligence artificielle m’a toujours passionnée, avec ses cortèges de découvertes merveilleuses, de dérives angoissantes, de génies idéalistes et de savants fous. Voici cinq ans, à l’occasion de mon quatrième roman - qui mettait en scène une machine capable de remplacer un dirigeant de société-, j’avais fait la connaissance d’Alan, un robot conçu par une équipe de chercheurs dont l’objectif est la mise au point d’une machine capable de dialoguer dans toutes les langues, et sur tous les sujets, avec n’importe qui.
Alan était déjà assez fort, se comportait avec élégance et possédait même une certaine dose d’humour, mais butait rapidement sur les questions complexes. Cinq ans plus tard donc, j’ai eu envie de prendre de ses nouvelles. Il n’est plus seul : les scientifiques du projet ont mis un nouveau programme en route : HAL, un robot plus performant encore, et avec lui…le principe de l’enfant virtuel. En fait, un software capable d’acquérir la maîtrise du langage à l’image d’un enfant : en pratiquant, s’entraînant, en analysant ses propres erreurs, tout ceci inspiré directement de l’observation du processus d’acquisition du langage des enfants. Une fois le "cerveau" constitué (un algorithme), cette acquisition se fait via les conversations avec les « coachs ». Mais pour progresser, le robot a besoin de sources d’informations les plus variées possibles. C’est pourquoi le site d’Artificial Intelligence  propose à chacun d’entre nous de se transformer en coach personnel d’une personnalité virtuelle. On choisit dans la Hal Nursery un enfant-robot virtuel, puis on converse avec lui, on lui raconte des histoires, on le reprend sur ses erreurs pour lui apprendre le langage et le nourrir d’informations…Exactement comme un de nos bébés - j'ai testé pour vous. Ah, bien sûr, la plupart des participants au programme se sentent éminemment responsables de leur machine, et tiennent de très sérieuses conversations au contenu inoffensif. .. Mais imaginez un peu le champ des possibilités : nous voilà capable d’inculquer une vision du monde précise (et forcément injuste) à une machine….qui elle-même pourra tout analyser mais manquera forcément du plus important : le sens critique….. Pour l’anecdote, les créateurs du programme projettent de fournir une voix humaine de bonne qualité avant dix ans. Tout cela nous promet des surprises….Il est d’autant plus urgent de nous concentrer sur l’éducation de nos propres enfants. (www.a-i.com)

mercredi 27 février 2008

business et grandes idées

Les media ont fait assez peu de cas des derniers rebondissements dans l'aventure OLPC (one laptop per children http://laptop.org ), cette association sans but lucratif née en 2005 aux USA, dont l'ambition est de fabriquer puis de distribuer via les ministères de l'éducation des pays intéressés, des ordinateurs portables à très bas coût(entre 100 et 200 dollars). L'idée était de permettre l'accès à l'éducation et à la connaissance à tous les enfants. De nombreux pays, tels par exemple que le Rwanda, le Pérou, la Mongolie ou l' Afghanistan, ont aussitôt demandé à participer à ce programme (et le mouvement se poursuit). Les ordinateurs, conçus avec des logiciels libres, ont été équipés d'un système wi-fi pour communiquer en réseau. Bref une belle histoire, enthousiasmante. Mais le business s'en est mêlé. Au départ, plusieurs sociétés du secteur, parmi lesquelles Intel et AMD, ont souhaité participer : c'était bon pour l'image. Et puis, sans doute certaines ont -elles fléchi devant les opportunités commerciales : on parle quand même de commandes de dizaines, voire centaines de milliers d'ordinateurs pour chaque pays concerné. Ainsi, après Lancor, qui réclame 20 millions de dollars à l'association pour une question de brevet encore non résolue, Intel qui avait fait des pieds et des mains pour participer au programme, vient de se retirer : développant son propre ordinateur à bas prix, la société préfère jouer en franc-tireur. Et l'OLPC, bien qu'elle progresse tant sur la technologie de ses machines que sur ses partenariats partout dans le monde (et surtout dans les pays en voie de développement), doit faire face à de multiples critiques et attaques. Intel se fait un plaisir de souligner les imperfections du système et des machines. Certes, le fonctionnement de l'organisation est loin d'être au point, mais au moins, elle agit et a déjà changé radicalement la vie de centaines de milliers d'enfants. Je terminerai sur cet extrait d'une interview par Xeconomy.com de N.Negroponte, le fondateur d'OLPC, dans laquelle il explique entre autres combien il est difficile mais formidable de s'adapter à l'évolution de son projet caritatif dans cet univers complexe et agressif du business :
X:
I think that’s one of the criticisms we’ve heard– that “Oh, these guys don’t really know the real business world.”
NN:
We don’t!
X:
And you never made any bones about that. It wasn’t the time for that.
NN:
Exactly. Ignorance is bliss. Because when you do know those things, you really wouldn’t dare to do some of this stuff.

lundi 25 février 2008

mon césar à Isabelle Carré

A l'heure où Marion Cotillard vient de remporter les récompenses les plus prestigieuses pour son interprétation magnifique d'Edith Piaf, j'ai envie de vous parler d'Isabelle Carré. Dans un film d'un accès sans doute plus restreint, Anna M, elle interprète de manière spectaculaire les dérives hallucinatoires d'une érotomane. L'érotomanie, c'est l'obsession délirante d'être aimé, une obsession qui conduit à des comportements passionnels de jalousie et d'agressivité, une folie pure, donc. Dans ce film, Anna, rencontrant un médecin, interprète une conversation banale comme le signe d'un amour partagé. Dès lors, et malgré les tentatives du médecin de la raisonner, elle le poursuivra de toutes les manières possibles, jusqu'à se muer en monstre et sombrer totalement. Isabelle Carré est époustouflante. Ayant fréquenté l'univers de la psychiatrie et quelques uns de ceux qui le hantent, je peux vous assurer que son interprétation est d'une justesse à vous faire dresser les cheveux sur la tête. Comment un acteur peut-il aller si loin dans l'expression du déséquilibre ? D'autres bien sûr ont déjà réussi dans cette voie, mais croyez-moi, avec Anna M, l'actrice livre un regard d'une vérité terrifiante jamais vu ailleurs. C'est à ce titre que je m'autorise aujourd'hui à remettre à Isabelle Carré le césar, l'oscar et la palme d'or de mon petit festival personnel.

samedi 23 février 2008

crime, tribunal et media-réalité aux USA

Autre continent, autres moeurs : aux USA, dans ce pays qui a inventé le politiquement correct, il est naturel d'exposer la part intime du crime. Aussi, alors que le seul fait de tourner dans les salles d'audience est un véritable casse-tête en France* et conduit à des débats sans fin sur l'éthique, les Américains suivent d'un clic sur internet ou d'un appui sur la télécommande les audiences des crimes qui font l'actualité. Ainsi, hier, CNN annonçait le verdict de l'affaire Mark Jensen, reconnu coupable du meurtre de sa femme par empoisonnement. A l'appui de la nouvelle, le site proposait une fois de plus de visionner différentes étapes de l'audience et particulièrement les réactions du jury. http://edition.cnn.com/2008/CRIME/02/21/jensen.verdict/index.html
Inutile d'être un spécialiste pour comprendre l'impact et par conséquent, les bénéfices tirés de l'opération. On est aux Etats-Unis, et de nombreux concepts, tels que la vie privée, la justice, la transparence, obéissent à d'autres interprétations que celles apprises ici, dans notre vieille Europe. Autre effet de cette autre approche : preuves, pièces à conviction et autres éléments liés à l'instruction des crimes peuvent être communiqués au public. Ainsi, j'avais été frappée (le mot est faible) en découvrant, voici quelques années, le site de soutien à Darlie Routier, une jeune femme accusée du meurtre de ses deux enfants (actuellement en appel).
http://www.fordarlieroutier.org/
Le site, extrêmement complet et bien fait, ne se contente pas de suivre les audiences successives, mais fournit à celui qui s'y intéresse photos crues, extraits video ou audio, bref, les éléments à charge ou à décharge de Darlie. J'ai été sidérée à l'écoute de l'appel passé par la jeune femme, sur les lieux et à l'heure du crime au 911, le service d'urgence de la police. On peut entendre la conversation (ou plutôt les hurlements hystériques) de Darlie Routier. Oui, il est possible sur le site d'écouter et même de télécharger cet instant extrême de vie et de mort.
http://www.fordarlieroutier.org/911Call/911.mp3
Cela peut paraître fou, et pourtant c'est ainsi que se battent ceux qui la défendent. En prenant à témoin l'internaute, en sollicitant ses conclusions, son empathie et son intervention, de très nombreux sites refont le procès d'accusés encourant le plus souvent la peine capitale, et tentent d'interposer l'opinion publique entre procureur et jury. Face à un pays où plus d'une centaine de condamnés à mort ont été innocentés depuis l'apparition des tests ADN, il est difficile de juger trop vite l'emploi de telles planches de salut... Disons qu'il y a matière à réflexion, et que j'avais envie de la partager avec vous....
* je profite de ce message pour saluer le travail remarquable effectué par l'équipe de Zone Interdite, qui avait réussi à filmer dans un reportage passionnant diffusé voici quelques mois la quasi-intégralité d'un procès aux assises. ("crime passionnel : au coeur d'un procès d'assise)

jeudi 21 février 2008

des nouvelles du Che


Cheguevara m'écrit de Port-au-Prince. Il a joint une photo à sa lettre, reçue ce matin. Il y a dans son regard autant de résignation que de révolte. Est-ce possible ? Oui, quand on a bientôt 14 ans et qu'on sait déjà ce que survivre signifie. Quand la part d'enfance n'a jamais eu la moindre chance de s'exprimer. Depuis sa naissance ou à peu près, il emploie son temps à lutter. Résister. Respirer. Parer les coups du mieux qu'il peut. Je sens sa présence autant que je sens sa défiance. Il peine à croire qu'on puisse y croire, le Che. Il écrit que tout va bien, mais c'est une pure convenance, évidemment. Il ne veut pas inquiéter, déranger, n'a aucune intention de se plaindre. Il garde tout en lui, mais voilà, la photo le trahit, et ce tout-là explose, traverse le papier avec violence et désespoir.
Alors il peut bien me dessiner des sucres d'orge aux couleurs pastels recopiés dans un livre d'image, je ne vois que ça, ce regard qui a peur et faim de tout. Je garde en mémoire ce qu' a raconté l'homme qui l'a sorti de la rue, voici deux ans, quand il allait s'écraser contre le mur de la misère. Déjà disloqué, avant le point d'impact. J'essaie d'imaginer que sa mère disparue lui a légué le prénom d'un héros dans l'espoir de lui donner plus de force et de courage.
A nouveau, j'affronte son regard, je relis ses mots simples et décide de croire en la providence pour mon Che : il faut que tout cela ait un sens.

mardi 19 février 2008

Alain Robbe-Grillet

Une déflagration, en khâgne. L'onde de choc ne s'est jamais éteinte, lui si : hier. Impossible de ne pas dire au revoir à " l'enfant calme au sommeil agité" . Ne me sentant pas très douée pour l'hommage post-mortem, je préfère vous recommander de lire ou relire "le miroir qui revient" (Minuit), dans lequel Robbe-Grillet revient en effet, à travers des fragments soigneusement enchevêtrés de sa propre histoire qui ne sont ni autobiographie, ni essai, ni récit, sur ses engagements, ses questionnements, sa vision de l'existence et l'être profondément humain qu'il était, avec tout ce que cela comporte de fascinant, d'effroyable ou de magnifique.
Et parce que vous lirez sans doute ça et là de très nombreux extraits de ses romans ou encore de ses prises de parole sur le nouveau roman, j'ai choisi de reproduire ici le dernier paragraphe du Miroir qui revient :
Il faisait déjà presque nuit. Nous venions de prendre le thé, qui donnait lieu chaque jour à une véritable cérémonie. Quand mon père s'est tu, grand-mère, qui avait plus de quatre-vingt-dix ans et oubliait tout au fur et à mesure, a demandé : "Alors, on ne prend pas le thé aujourd'hui ? " Sa fille lui a répondu avec agacement : "Mais on vient juste de le prendre ! Il est fini le thé !"
Après un instant de réflexion, grand-mère, de cet air hautain qui planait désormais sur sa tête perdue, a dit comme pour elle-même : "Imbécile, va! Le thé, ça n'est jamais fini."

lundi 18 février 2008

saisissant sablier

Le temps, ce concept élastique impossible à définir, cerner, exprimer autrement que dans un rapport intime à un sujet précis, par conséquent forcément subjectif. Impossible aussi de développer sur ce blog, le format n'est pas approprié, trop ramassé, trop... éphémère...
Malgré tout, je voulais vous faire partager cette expérience saisissante : en allant sur www.worldometers.info/fr/ vous découvrirez l'horloge mondiale, qui égrène en temps réel le nombre des naissances, des décès (et autres statistiques).
Peu importe la fiabilité des informations, ce qui compte est ailleurs, au-delà, dans la brutalité, dans le face-à-face.
De quoi méditer sur l'existence... et sur le web


jeudi 14 février 2008

Chambéry et la fée

En 1998, j'ai eu la chance d'être récompensée au festival du premier roman de Chambéry. C'était pour mon roman "Big". Un festival de passionnés, une cinquième colonne de la littérature qui s'infiltre partout, écoles, prisons, bibliothèques, places publiques... Parmi ceux que j'ai rencontrés là-bas se trouvait une prof de français (de Rumillly, pour être précise), vous savez, ce genre de prof qui vous marque une vie... Elle enseigne en LEP, eh oui, dans des classes où le français serait presque considéré comme accessoire. Quasi chaque année, elle m'invite pour parler romans et écriture (ce sera en mars, cette fois). Chaque année, il se trouve au moins un élève pour me confier qu'il a lu un livre en entier pour la première fois. Chaque année, des confidences s'échappent, qui n'auraient jamais vu le jour autrement. Pas des petites choses, non, du lourd. Chaque fois, c'est par le texte, les mots que se fait l'accès aux sentiments, que se libère l'expression. Un miracle se produit : ces élèves que la société pointe si souvent du doigt parce qu'ils ne font pas partie de l'élite, et qui ont pris l'habitude d'être rangés dans une case dévalorisante, sont mis en position de donner leur avis, leur point de vue, d'émettre des critiques. On pourrait s'attendre à de la timidité, de la retenue, mais non, ils y vont à fond, et forcément, après avoir commenté le livre c'est l'existence qu'ils commentent, dépiautent, accusent, interrogent. Ils donnent autant qu'ils prennent, cash. Pour en arriver là, c'est un travail tout en douceur... mais quel boulot... Oui, des profs qui marquent une vie, ça mérite un merci sur cette page.

mardi 12 février 2008

en suspension

Voilà, les premiers pas sur ce blog... Dans cette période toujours étrange qui précède la sortie d'un roman, avec cette sensation d'être en suspension... D'autant plus étrange que je me suis installée dans une nouvelle famille, puisque j'ai changé d'éditeur. Il y a de l'adrénaline, de l'émotion. Des sourires aussi... Et puis les personnages de Providence... ils sont là nuit et jour, ils m'interpellent, ils s'imposent, c'est une petite foule qui s'agite à l'intérieur. Je ne peux plus faire autrement qu'observer le monde avec leurs yeux, et ça change tout....