Une déflagration, en khâgne. L'onde de choc ne s'est jamais éteinte, lui si : hier. Impossible de ne pas dire au revoir à " l'enfant calme au sommeil agité" . Ne me sentant pas très douée pour l'hommage post-mortem, je préfère vous recommander de lire ou relire "le miroir qui revient" (Minuit), dans lequel Robbe-Grillet revient en effet, à travers des fragments soigneusement enchevêtrés de sa propre histoire qui ne sont ni autobiographie, ni essai, ni récit, sur ses engagements, ses questionnements, sa vision de l'existence et l'être profondément humain qu'il était, avec tout ce que cela comporte de fascinant, d'effroyable ou de magnifique.
Et parce que vous lirez sans doute ça et là de très nombreux extraits de ses romans ou encore de ses prises de parole sur le nouveau roman, j'ai choisi de reproduire ici le dernier paragraphe du Miroir qui revient :
Il faisait déjà presque nuit. Nous venions de prendre le thé, qui donnait lieu chaque jour à une véritable cérémonie. Quand mon père s'est tu, grand-mère, qui avait plus de quatre-vingt-dix ans et oubliait tout au fur et à mesure, a demandé : "Alors, on ne prend pas le thé aujourd'hui ? " Sa fille lui a répondu avec agacement : "Mais on vient juste de le prendre ! Il est fini le thé !"
Après un instant de réflexion, grand-mère, de cet air hautain qui planait désormais sur sa tête perdue, a dit comme pour elle-même : "Imbécile, va! Le thé, ça n'est jamais fini."
mardi 19 février 2008
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