jeudi 21 février 2008

des nouvelles du Che


Cheguevara m'écrit de Port-au-Prince. Il a joint une photo à sa lettre, reçue ce matin. Il y a dans son regard autant de résignation que de révolte. Est-ce possible ? Oui, quand on a bientôt 14 ans et qu'on sait déjà ce que survivre signifie. Quand la part d'enfance n'a jamais eu la moindre chance de s'exprimer. Depuis sa naissance ou à peu près, il emploie son temps à lutter. Résister. Respirer. Parer les coups du mieux qu'il peut. Je sens sa présence autant que je sens sa défiance. Il peine à croire qu'on puisse y croire, le Che. Il écrit que tout va bien, mais c'est une pure convenance, évidemment. Il ne veut pas inquiéter, déranger, n'a aucune intention de se plaindre. Il garde tout en lui, mais voilà, la photo le trahit, et ce tout-là explose, traverse le papier avec violence et désespoir.
Alors il peut bien me dessiner des sucres d'orge aux couleurs pastels recopiés dans un livre d'image, je ne vois que ça, ce regard qui a peur et faim de tout. Je garde en mémoire ce qu' a raconté l'homme qui l'a sorti de la rue, voici deux ans, quand il allait s'écraser contre le mur de la misère. Déjà disloqué, avant le point d'impact. J'essaie d'imaginer que sa mère disparue lui a légué le prénom d'un héros dans l'espoir de lui donner plus de force et de courage.
A nouveau, j'affronte son regard, je relis ses mots simples et décide de croire en la providence pour mon Che : il faut que tout cela ait un sens.

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