J'ai souvent constaté que c'est en expliquant à un "autre" oralement les problèmes, les questions, les difficultés auxquelles on est confronté, que l'on en comprend mieux les tenants et les aboutissants, et de ce fait que l'on trouve la réponse recherchée. Encore faut-il que cet "Autre" soit disponible. Il y a pourtant une autre solution : s'adresser à soi-même. Mais se parler, seul, à voix haute (et ça c'est indispensable, sinon, ce n'est plus parler mais penser), a toujours été considéré comme un truc bizarre, voire l'expression de la folie. On rit des personnes âgées qui "radotent". On se moque de celui qui se laisse aller à marmonner dans la rue. On se dit, ça tourne pas rond, là-dedans. Le/la pauvre, ça connecte plus du côté des neurones... Ah oui ? Eh bien, surprise : une étude scientifique américaine a étudié la question en observant le phénomène sur des enfants. Elle a démontré que les enfants qui accompagnent les tâches qu'ils effectuent en les décrivant à voix haute, en les commentant pour eux-même, ceux qui se tiennent des discours, de tous ordre, progressent plus vite que les autres. Plus frappant encore, on y apprend que les enfants autistes que l'on laisse ou que l'on encourage à parler pour eux-mêmes développent de meilleures capacités de communication avec le monde "extérieur". Après ça, on ne regardera plus jamais quelqu'un qui parle seul de la même façon, non ?
Bon, je vous ai fait une synthèse rapide, évidemment. Mais faut m'excuser, je suis pressée, j'ai une urgence : il faut que je me parle.
lundi 31 mars 2008
samedi 29 mars 2008
misère de la médecine carcérale

Sur fond de réforme de la justice, un colloque annoncé en mai prochain va tenter de remettre au premier plan la question de la médecine en prison. Bien que cette médecine dépende depuis 1994 du ministère de la Santé, avec pour principe "une qualité et une continuité de soins équivalentes à ceux offerts à l’ensemble de la population", la réalité offre un constat effrayant. Fin 2007, on comptait environ (en équivalent temps plein) 100 généralistes, 50 dentistes, 30 spécialistes hors psychiatrie et 180 psychiatres, alors que le nombre de détenus approche les 65.000, et que la population pénale présente des problèmes de santé physique et psychiatrique nettement supérieurs à ceux de la population du dehors.
C’est d’ailleurs sur le plan psychiatrique que la situation est la plus effrayante : 15.000 détenus souffrent de problèmes mentaux graves !
En hospitalisation (secteur "protégé"), la capacité d’accueil n’est que de 300 lits. Pire, suite à la fermeture de nombreux lits en psychiatrie, les personnes fragiles errent et se retrouvent facilement en prison, grossissant les troupes de mal-soignés, et survivant avec peine là où les soins appropriés et où les chances de réinsertion sont faibles. On entre alors un cercle vicieux. La cocotte-minute monte en température, les esprits s’égarent et les corps se délitent. Certes, des moyens supplémentaires ont été annoncés par la garde des Sceaux en janvier dernier (500 postes de médecins coordonnateurs et de 50 psychiatres pour les prisons) mais chacun sait qu’ils sont loin d’être suffisants.
… Comme le dit un praticien, "assurer la santé publique en prison ressort aujourd’hui d’une forme de travail militant". Il est insupportable de penser qu’au-delà de la loi, la justice n’inflige pas seulement une peine d’enfermement à celui qu’elle condamne, mais une punition tous azimuts. Les conditions de détention actuelles multiplient les dégâts collatéraux sur le plan psychique, physique, intellectuel, social. Dans ce contexte, le devoir de renforcer et développer la médecine carcérale semble une évidence. Mais les soignants en prison ont une couverture médiatique bien inférieure aux autres corporations, telles que les infirmières ou les urgentistes, par exemple. Et trop nombreux sont encore ceux qui se désintéressent du quotidien des détenus en s’abritant derrière « après tout, c’est de leur faute s’ils en sont là ». Voilà pourquoi j’ai eu envie d’utiliser cet espace pour soutenir cette cause. Défendre la médecine en prison, c’est défendre l’être humain. (merci à l’association nationale des visiteurs de prison.)
jeudi 27 mars 2008
conversations avec Bizot

Passage chez Nova cet après-midi... Je n'étais pas retournée là-bas depuis plusieurs mois. A vrai dire, je m'y suis très rarement rendue ces dernières années. Nos rendez-vous avaient lieu ailleurs, la plupart du temps au téléphone, tard dans la nuit. Scruter les mots, les peser, les aligner, batailler, négocier, s'engueuler. Fureur, éclats de voix, éclats de rire sonores dans le silence, l'obscurité. Ratures rageuses simultanées. Ce qui nous reliait : le langage, l'écriture. La confidence pudique au détour d'une ponctuation. La précision caustique. Les obsessions. Les ellipses. Les bras de fer. Pour qui tu te prends. Et toi, tu crois quoi. Hein ? Hein ?? Parfois, ça tournait à la fâcherie, la vacherie, la vanne pourrie, un temps, pas longtemps, jamais. Parce que quand même, faudrait pas se laisser aller complètement, hein, tu me suis ? Non mais, tu me suis, oui ?
Puis le 8 septembre dernier.
Voilà, c'est tout. Juste un clin d'oeil de la femme élastique.
lundi 24 mars 2008
fracture démocratique au Royaume du Bonheur

Connaissez-vous le Bhoutan ? Niché entre Inde et Chine, cet Etat, où la télévision et internet n’ont pénétré que depuis 1999, ressemble à une utopie. Car s’il était soumis jusqu’ici à un régime de monarchie absolue (avec un roi de tradition bouddhiste), le pays a toujours eu pour règle et objectif dominants la poursuite du bonheur. Non, ce n’est pas une blague ! A tel point que l’indice officiel le plus important du pays est le BNB (bonheur national brut), bien avant le PNB (produit national brut) cher à nos économies occidentales. Le BNB mesure le bonheur des habitants au travers de 4 facteurs : le développement économique, celui de la culture bhoutanaise, la sauvegarde de l'environnement et la promotion du développement durable et enfin, la bonne gouvernance responsable. Le programme politique affiché, c’est la recherche de l’équilibre entre développement matériel et spirituel. Tout effort individuel doit tendre vers le bonheur et la société a mission de l’encourager par tous les moyens. Et ça marche : les Bhoutanais sont heureux. Du moins l’étaient-ils jusque là. Car voici trois ans le très aimé roi a annoncé qu’il abdiquerait en 2008, afin de construire une véritable démocratie et de permettre un rayonnement plus important du pays. Et surtout, a-t-il précisé, parce qu’il considère qu’il n’est pas juste de remettre le destin d’un pays entre les mains d’un homme choisi non en fonction de son mérite, mais de sa naissance. Or, nous y voilà : le temps des élections est lancé, et au grand dam de ses sujets, le roi a confirmé qu’il renonçait à son pouvoir. Eh oui, personne là-bas ne semble souhaiter ces élections. « On vote uniquement parce que le Roi l’a demandé », se désolent les Bhoutanais, qui constatent que les démocraties voisines (Népal, Bangladesh, Inde…) sont en proie à l’instabilité et aux difficultés de tous ordres, quand le Bhoutan n’a jamais été si paisible et prospère. Les deux listes de candidats (il a bien fallu trouver des volontaires) se déclarent d’ailleurs majoritairement monarchistes et se proposent de poursuivre un programme identique... : la poursuite du bonheur. Chacun va donc se rendre aux urnes le « cœur brisé » (sic), en espérant que cette nouvelle configuration ne bouleversera pas leur vie. Cet événement aura eu en tout cas le mérite de mettre en lumière, pour nous autres les démocrates du « reste du monde », la possibilité du bonheur à l’échelle d’un pays. De quoi nous laisser songeur...
(merci à Matthew Rosenberg/The Independent)
vendredi 21 mars 2008
un anniversaire au lycée
Bon, alors là, vous m'avez scotchée. Bien sûr, j'avais mon comité d'accueil en arrivant au lycée, une poignée d'élèves avec un sourire comme ça...Bien sûr, les autres attendaient en chuchotant dans la classe parfaitement organisée -je devrais dire décorée. Photos, livres, dessins. Bien sûr vous aviez tous lu, et comment. Bien sûr, les questions, les réflexions ont surgi après un temps court où l'on se jaugeait mutuellement. Comme toujours, c'était du gros calibre. Le texte avait été senti, ressenti, réinterprété, réinventé, avec des angles auxquels je n'avais pas même pensé. Bien sûr, le débat s'est élargi, on a refait un peu le monde entre deux chapitres. Et puis, je ne sais plus quand j'ai compris, je crois que c'est en te voyant, Chantal (ndlr : la prof!), avec ce gros carton entre les mains. Ou bien quand j'ai réalisé qu'il y avait comme une... "habitude", mais quelle habitude, celle d'être surprise, séduite, impressionnée chaque fois - jamais de la même façon.
Donc, le carton s'est ouvert sur un énorme gâteau d'anniversaire... On fêtait nos dix ans, dix ans à faire ce même voyage, à parcourir ces mêmes couloirs du LEP de Rumilly. Dix ans de partage, dix ans d'amitié...Tous ces élèves... Ces moments exceptionnels, intenses.... Comme hier, avec Jessica, Nordine, Bahia et tous les autres...Il faut le vivre pour comprendre ce que c'est. A décrire, c'est impossible. Mais ça ne fait rien, ce message aujourd'hui, c'est pour vous, les élèves, que je l'écris -pardon pour les autres visiteurs. Pour vous dire merci. Les remarques au laser, les petits mots gentils, les crêpes bien emballées, les sourires en coin, tout. Vous m'avez scotchée. Voilà.
jeudi 20 mars 2008
la juive et l'Arabe
Croisées dans un couloir du salon du livre, Isabelle Wekstein et Souad Belhaddad : l’une est avocate, l’autre écrivain, l’une est juive, l’autre arabe. En tandem, elles interviennent régulièrement dans les collèges de la Seine Saint Denis pour sensibiliser les jeunes aux dangers de la discrimination et des préjugés. Pas de longs discours bien-pensants mais des jeux de rôles et de drôles de questions… Et pour commencer, au fait, qui est la juive ? Qui est l'Arabe ? Les collégiens observent, répondent, se trompent, Ah c’est pas vous la juive ? Pourtant, ce nez « crochu »… Eh bien non, ce nez (joli et busqué) appartient à Souad. Les deux femmes font réagir aux mots et aux idées qu’ils cachent, démontrent que les victimes du racisme et de l’antisémitisme, par leurs propres paroles, sont souvent aussi ceux qui les propagent. Petit exercice récurrent : combien la France compte-t-elle de juifs et de musulmans ? interrogent-elles. Selon la classe, l’école (elles vont aussi bien en privé qu’en public, écoles laïques ou confessionnelles), les réponses sont fonction des fantasmes : 5, 10 millions de juifs ? 40 millions de musulmans ? Elles rétablissent la vérité : 63 millions d’habitants en France, 600 000 juifs, 5 millions de musulmans. Silence, à chaque fois. Et ces Noirs, ces Arabes, ces juifs, on en dit quoi ? Les stéréotypes fusent… Violeurs, voleurs, menteurs, fainéants… Eh oui, souligne Souad : tous les Arabes sont des voleurs, donc moi aussi, je suis une voleuse. Non mdame pas vous ? Ah oui, je suis une exception, c'est ça ?… Au tour d’Isabelle de les faire réagir à la loi : elle leur lit le code pénal, rubrique discrimination. Précise. Soudain, les élèves comprennent le poids de leurs insultes, de leurs mots, d’actes qu’ils considéraient banals et qu'ils découvrent délits. Se trouvent l’un après l’autre dans la position de l’isolé. On soulève toutes les formes de conflit religieux, communautaire. Isabelle et Souad sortent épuisées mais avec le même sourire, celui qui capte si bien leur auditoire (à commencer par moi). Elles sortent sous les "merci, revenez!". Prêtes à poursuivre, classe à classe. Investies, sans attendre d’autre retour que la satisfaction de participer à l’éveil des consciences. Prêtes à ajouter goutte d'eau à goutte d'eau dans l'océan de l'humanité.
Je prends dans quelques minutes le train pour rejoindre des lycéens et leur parler de littérature. Il se pourrait bien que je leur parle aussi des aventures discrètes de Souad Belhaddad et Isabelle Wekstein.
Je prends dans quelques minutes le train pour rejoindre des lycéens et leur parler de littérature. Il se pourrait bien que je leur parle aussi des aventures discrètes de Souad Belhaddad et Isabelle Wekstein.
mercredi 19 mars 2008
au-delà de la haine

La nuit du 13 au 14 septembre 2002, trois skinheads marchent dans Reims : ils ont décidé de "casser du pédé"(sic). Ils croisent François Chenu, 29 ans, un jeune homme sans histoire, mais avec le "bon profil" : homosexuel. Passé à tabac avec barbarie, laissé pour mort dans un étang, François meurt noyé. On retrouvera un mois plus tard ses agresseurs, qui seront ensuite condamnés aux assises. Bousculé par cette affaire, Olivier Meyrou, un jeune (et brillant) réalisateur, décide d'aller à la rencontre de la famille du jeune homme. Les parents de François refusent de se laisser envahir par la haine. Ce qu'ils veulent par-dessus tout c'est comprendre et faire comprendre : seule clé, ils le savent, pour retrouver un sens à leur vie. Olivier Meyrou filme avec autant de force et que de pudeur leur reconstruction à travers leur analyse du drame et le procès des assassins. On assiste -bouleversé- à une leçon impressionnante d'humanisme. J'ai vu ce film il y a plus d'un an (il a été primé à Berlin en 2006) et j'en ai encore les images et les mots dans la tête, je devrais dire, le ventre. Ce documentaire devrait être classé d'utilité publique. "Au-delà de la haine" vient de sortir en dvd.
dimanche 16 mars 2008
Anorexie : disparaître pour exister

Les récits sous forme de témoignages étant pléthoriques, chacun visualise à peu près à quoi ressemble le quotidien d’un anorexique et admet désormais qu’il s’agit d’une pathologie, et non d’un caprice malsain. Cependant, beaucoup plus rares sont les voix qui s’attachent à analyser les causes et les moteurs de l’anorexie, et a en décrypter les logiques. Dans un essai passionnant, Jessica Nelson, qui s’appuie à la fois sur des cas concrets (dont le sien), des interviews de nombreux spécialistes (G. Apfeldorfer, M. Rufo, etc) et les résultats des études scientifiques les plus récentes, vient nous ouvrir les yeux de manière percutante et radicale. On y comprend peu à peu comment l’anorexique « construit » ce processus d’effacement et de disparition non pas pour mourir, mais bien pour exister, pour définir ses propres contours, pour se mettre à l’épreuve de la réalité. L’influence du schéma parental et du rapport originel à la nourriture, l’expression puissante du désir, le sens du défi… On découvre l’anorexique de l’intérieur, avec ses fulgurances, sa quête quasi métaphysique, ses exploits intellectuels et physiques (hallucinant !) et, bien entendu, ses terreurs, ses obsessions, sa lucidité aigüe qui l’enferme dans une solitude impénétrable. On découvre les stratégies étonnantes développées par ceux qui souffrent d’anorexie (souffrent, oh oui…), leur art de la manipulation, leur courage, leur envie désespérée d’exister. Au fil des pages, l’auteur donne des clés pour interpréter le langage de l’anorexique, le comprendre et par conséquent l’aider. Je n’ai pas lâché ce livre qui se lit comme du Dolto, avec le même plaisir, la même fluidité, et j’en ressors avec le sentiment d’avoir appris non seulement sur l’anorexie, mais sur l’adolescence et sur l’existence en général. Un sentiment pareil, ça se partage.
*Tu peux sortir de table : un autre regard sur l'anorexie. Jessica L Nelson. Fayard.
vendredi 14 mars 2008
stupeur et destins
De destin, hasards ou coïncidences, il est beaucoup question dans "Providence", très bientôt en librairie. Il y a des années de cela, j'ai échappé par (miracle? hasard? autre réponse ? ->cochez la croix là où il vous plaira) à un accident d'avion - à vrai dire, une histoire de saut en parachute. Récemment, cette histoire a refait surface et j'ai soudain eu envie de rechercher des informations à son sujet. J'espérais seulement lire quelques lignes relatant l'aventure. Mais je suis tombée sur ce site suisse dont l'objet est de répertorier, archiver tous les accidents d'avion dans le monde depuis 1918 et les analyser sous forme statistique en les classant par paramètres (compagnies aériennes, type d'appareil, nombre de morts, etc). Stupeur. Avec un bandeau "nouveau" pour vous annoncer le dernier crash (en l'occurrence le 6 mars en Indonésie), des rapports, des chiffres détaillés, et surtout des photos brutes du terrain, vous voici plongés dans la mort, le feu et le sang à grande échelle. En quelques clics, des milliers de destins étalés sous vos yeux dans une comptabilité effrayante (0 morts sur 8 pour le crash Indonésien, mais 46 sur 46 pour l'ATR mexicain du 21 février). Certes on ne voit pour tout cadavre que de l'acier plié, des carcasses fondues, des ailes déchirées ou des cabines éventrées. Mais dans le silence de la pièce où je me trouve au moment où j'écris, une foule s'empare brusquement de chaque centimètre cube d'air. Ce sont les vies qui hurlent, les peurs qui collent encore aux images, les suppliques, les prières, le chagrin, la douleur. L'espoir et le désespoir de ceux qui attendent, les yeux rivés aux listes dans l'aéroport. La présence des morts. Le regard mélangé des survivants.
Destins.
mercredi 12 mars 2008
"Je m'appelle Claireeece Precious Jones"

"Je sais pas pourquoi je vous dis ça. Ptête pasque je sais pas jusqu'où je vais aller de cette histoire, ni même que c'en soye une d'histoire ni pourquoi je cause ; si je vais commencer par le commencement ou carrément d'aujourd'hui ou dans deux semaines d'ici. Deux semaines d'ici ? Ben oui on peut faire tout ce qu'on veut quand on cause ou qu'on écrit, pas comme de vivre où qu'on peut seulement faire de qu'on fait. T'en as qui racontent même une histoire que ça veut rien dire et que c'est même pas vrai. Mais moi je vais essayer que ça veule dire quelque chose et que ça soye vrai, pasque ça sert à quoi de raconter des vélos ? Comme si on en avait pas jusque là de leurs mensonges et de leurs conneries ? "
Bah oui, c'est pas parce que j'ai du boulot par-dessus la tête que je vais vous laisser en paix. Autant profiter de cet espace pour vous envoyer direct lire, pour ceux qui ne l'auraient pas fait, ce bijou (Push) qu'on doit presque autant à l'auteur, Sapphire, qu'à son traducteur, Jean-Pierre Carasso, qui a réussi à faire passer d'argot "illettré" américain en français un moment de littérature exceptionnel.
Ca a plus de dix ans, et pourtant, si vous voulez prendre une vraie grosse claque tout à fait d'actualité entre deux infos sur les primaires aux USA, c'est le moment....
lundi 10 mars 2008
ma journée à l'atelier...
Aujourd’hui, démarrage d’un atelier d’écriture… Avec des écoliers, 9-10 ans en moyenne… Je leur ai dit, lâchez-vous….Ah ils se sont lâchés, je vous le garantis ! Moi qui craignais de devoir leur souffler des idées, inutile, ils ne manquent pas d’inspiration… Donc, que trouve-t-on dans ces adorables petites têtes ? Hormis un vague lutin rapidement blackboulé par la horde, on a pour le moment : le cadavre d’un père décomposé planqué sous le plancher de leur chambre, une mère plutôt indigne qui pourrait bien être mouillée dans l’affaire, des grands-parents égoïstes et des amis des parents salement bizarres… Hum, hum…. Je leur ai proposé de la jouer « comique » mais ils n’ont pas envie de se marrer, ah non, pas du tout !
Ils y vont à fond - en plus c’est pratique, sans risque : c’est collectif... Ravis de saisir l’occasion, donc…
Pour tout dire, ils m’épatent. Ca fuse et ça m’épuise, mais qu’est-ce que c’est réjouissant...
Je me demande juste comment ça va se terminer, cette histoire….
Ils y vont à fond - en plus c’est pratique, sans risque : c’est collectif... Ravis de saisir l’occasion, donc…
Pour tout dire, ils m’épatent. Ca fuse et ça m’épuise, mais qu’est-ce que c’est réjouissant...
Je me demande juste comment ça va se terminer, cette histoire….
samedi 8 mars 2008
la femme de six ans
Peu de temps pour réfléchir aujourd’hui, du travail en retard, mais... ne pas laisser passer sans un mot cette journée symbolique. Donc, à quel âge devient-on une femme ? A la puberté ? A la majorité légale ? A la naissance, puisqu’à peine née, la petite fille construit à chaque instant la femme qu’elle deviendra ? Quoi qu’il en soit, pour Anamika, la réponse fut six ans. Née en Inde, c’est à cet âge que son père a décidé qu’elle était trop vieille pour aller faire une course chez l’épicier du coin ou jouer dehors avec des garçons, comme elle le faisait depuis longtemps. Peu après, à l’école, elle a réalisé que le prof de math ne regardait que les garçons et n’interrogeait jamais les filles –elle était pourtant la meilleure. Puis son père a cherché un mari pour sa sœur aînée. Une sœur jolie et brillante, musicienne accomplie. Etant pauvre, il n’a pu réunir qu’une dot modeste, et du coup, la sœur a du accepter d'épouser un employé de banque ennuyeux, bien plus âgé qu’elle – sur le marché du mariage, impossible d’espérer mieux avec ce « budget ». Adieu, la musique et l’avenir.
Assez vite ses parents ont annoncé à Anamika que pour elle, ce serait pire : il n’y avait plus d’économies, plus de dot possible, donc je vous laisse imaginer. Son père s’est lamenté : si encore il avait eu un seul fils, un seul, cela aurait suffi –grace à la dot de la bru- à marier Anamika et améliorer l’ordinaire. Pas de chance, donc.
Pourtant, si j’ai eu envie de vous parler d’Anamika, c’est que la fin de l’histoire est plutôt belle : quelques années plus tard, alors que ses parents cherchaient en vain un prétendant qui l’accepterait sans dot, Anamika, une forte personnalité, a organisé sa fuite aux Etats-Unis grace à une amie –et à Internet. Admise dans une université de Boston, elle est aujourd’hui une informaticienne recherchée et s’est mariée avec un homme… qu’elle aimait. Mariée, à 29 ans, un âge auquel en Inde, une fille célibataire est souvent considérée comme une malédiction… Voilà, c'était juste une incursion rapide dans la vie d’une femme…
Assez vite ses parents ont annoncé à Anamika que pour elle, ce serait pire : il n’y avait plus d’économies, plus de dot possible, donc je vous laisse imaginer. Son père s’est lamenté : si encore il avait eu un seul fils, un seul, cela aurait suffi –grace à la dot de la bru- à marier Anamika et améliorer l’ordinaire. Pas de chance, donc.
Pourtant, si j’ai eu envie de vous parler d’Anamika, c’est que la fin de l’histoire est plutôt belle : quelques années plus tard, alors que ses parents cherchaient en vain un prétendant qui l’accepterait sans dot, Anamika, une forte personnalité, a organisé sa fuite aux Etats-Unis grace à une amie –et à Internet. Admise dans une université de Boston, elle est aujourd’hui une informaticienne recherchée et s’est mariée avec un homme… qu’elle aimait. Mariée, à 29 ans, un âge auquel en Inde, une fille célibataire est souvent considérée comme une malédiction… Voilà, c'était juste une incursion rapide dans la vie d’une femme…
vendredi 7 mars 2008
Ingrid et Omayra
Alors qu’on apprend qu’Uribe a délibérément fait exécuter Reyes, interrompant un processus qui aurait pu déboucher sur la libération d’Ingrid Betancourt, alors que le Nicaragua vient de rejoindre l’Equateur et le Venezuela en rompant ses relations diplomatiques avec Bogota, je ne peux que me désoler de voir combien l’échiquier politique renferme de pièges et de cruauté. Or les clés ne sont pas toujours visibles du plus grand nombre, comme par exemple l’intérieur du système Uribe (et la corruption dénonçée par Ingrid Betancourt), les intérêts de Chavez, qui a financé les Farc à hauteur de 300 millions de dollars - ceux-ci ayant contribué à son accession au pouvoir-, ou encore la nature et la taille de l’enjeu pour les Etats-Unis face à une gauche sud-américaine qui se renforce chaque jour. Bah oui, il ne faudrait pas les oublier, ceux-là…
Au bout du compte, tandis qu’états et même continents (je n’oublie pas le rôle des européens et en particulier celui des Français) jouent une partie hautement stratégique avec des répercussions économiques et politiques considérables, les Farc poursuivent leur entreprise de mort, enlevant et tuant à tour de bras des centaines de civils colombiens tout en organisant un marché de prisonniers juteux : car ces terroristes narco-trafiquants, mus au moins autant par des intérêts financiers personnels colossaux que par leur idéologie, sont en voie d’institutionnalisation. Chavez vient d’en faire la démonstration en parlant de « grand révolutionnaire » au sujet de Reyes, et en demandant aux vénézuéliens de respecter une minute de silence après sa mort.
Au centre de la partie d’échec, les otages et en première ligne Ingrid Betancourt, dont désormais certains veulent la mort à tout prix, continuent leur parcours de souffrance en enfer. Je reste sous le choc devant l’ampleur et la complexité de ce chaos d’où personne ne peut dégager une seule vérité. Et brusquement, instinctivement, en songeant à toutes ces vies qui s’essoufflent sous les projecteurs des media, me revient en tête la terrifiante image de la petite Omayra engluée, agonisant en direct devant le monde impuissant. C’était en 1985, en Colombie.
Au bout du compte, tandis qu’états et même continents (je n’oublie pas le rôle des européens et en particulier celui des Français) jouent une partie hautement stratégique avec des répercussions économiques et politiques considérables, les Farc poursuivent leur entreprise de mort, enlevant et tuant à tour de bras des centaines de civils colombiens tout en organisant un marché de prisonniers juteux : car ces terroristes narco-trafiquants, mus au moins autant par des intérêts financiers personnels colossaux que par leur idéologie, sont en voie d’institutionnalisation. Chavez vient d’en faire la démonstration en parlant de « grand révolutionnaire » au sujet de Reyes, et en demandant aux vénézuéliens de respecter une minute de silence après sa mort.
Au centre de la partie d’échec, les otages et en première ligne Ingrid Betancourt, dont désormais certains veulent la mort à tout prix, continuent leur parcours de souffrance en enfer. Je reste sous le choc devant l’ampleur et la complexité de ce chaos d’où personne ne peut dégager une seule vérité. Et brusquement, instinctivement, en songeant à toutes ces vies qui s’essoufflent sous les projecteurs des media, me revient en tête la terrifiante image de la petite Omayra engluée, agonisant en direct devant le monde impuissant. C’était en 1985, en Colombie.
mardi 4 mars 2008
trois cœurs et six pieds, ça fait quoi ?
C’est plus fort que moi, entre deux activités très sérieuses, il faut toujours que j’aille chercher un peu de poil à gratter, le truc bizarre, l’info que personne ne regarde, alors que pourtant, pourtant !!!Donc, ça commence par une brève en provenance du Pays de Galles : on a trouvé une pieuvre à 6 pieds. Un vrai casse-tête pour nos amis d’Outre-manche, bah, il faut se mettre à leur place, en anglais on dit octopus, ce qui signifie 8 pieds. Alors qu’en France, on a utilisé poulpe pendant des siècles -c’était commode puisque cela vient de polypos, plusieurs pieds en grec, on ne se mouillait pas, donc. Plus tard, notre cher Victor Hugo a remis au goût du jour le mot pieuvre, issu du patois normand. Quoi qu’il en soit, des savants s’arrachent aujourd'hui les cheveux sur la bestiole… Du coup, je me suis penchée moi aussi sur son cas. C’est ainsi que j’ai appris que les pieuvres avaient (entre autres qualités) deux ou trois cœurs, le sang bleu et non rouge, une vision extrêmement puissante mais surtout qu’elles possédaient une intelligence si développée que de nombreux scientifiques considèrent qu’elles auraient pu devenir l’espèce dominante si leur durée de vie n’avait pas été si courte.
La voilà, leur faille: une existence de quelques mois à quelques années, insuffisante pour que se transmettent expérience et connaissances. A chaque génération, la pieuvre doit tout réapprendre, réinventer..
Le voilà, notre atout, la transmission…
Un cœur, deux pieds, c’est bien assez. A condition de s'en servir.
(dessin BNF-les travailleurs de la mer- Victor Hugo, vers 1866)
lundi 3 mars 2008
Gaza, l'enfer et Bansky
Tandis que la mort se répand à nouveau depuis plusieurs jours à Gaza, j'ai soudain une pensée pour le travail de Bansky, ce "guerrilla artist" génial et subversif qui est allé en 2005 peindre sur le mur, côté palestinien, des images -satiriques- de "la vie de l'autre côté", ouvrant des fenêtres, des trous, des passages virtuels, construisant une échelle à coups de grafs sur le béton.
D' une poignée d'images (et avec un certain courage, pour défier les snipers), Bansky en dit plus long que des kilomètres de discours.
En voici une. Pour les autres : Bansky, Wall and Piece. Ed. Publikat.

http://www.banksy.co.uk/cuttings/star.html

D' une poignée d'images (et avec un certain courage, pour défier les snipers), Bansky en dit plus long que des kilomètres de discours.
En voici une. Pour les autres : Bansky, Wall and Piece. Ed. Publikat.

http://www.banksy.co.uk/cuttings/star.html
dimanche 2 mars 2008
jouissance de la solitude
Le sentiment d’isolement comme celui de solitude répondent à des logiques mouvantes et le cerveau est alors mis au défi. Je me souviens de l’histoire d’un homme de 45 ans qui cherchait toutes les solutions légales pour être admis (définitivement) dans un hôpital psychiatrique. Diagnostiqué schizophrène vingt ans plus tôt, il était soigné et ne souffrait plus d’aucune manifestation de sa maladie. Il vivait avec sa mère paisiblement, lorsqu’il s’est mis à imaginer ce que serait sa vie après le décès de cette dernière. La perspective de la solitude est soudain devenue insupportable. Il était aisé, disposait d’un bel appartement et d’un excellent niveau de confort. Mais cela ne représentait rien à ses yeux. Ce qui comptait, c’était la sensation d’exister dans le regard d’un autre. Attention, je ne parle pas d’être aimé : cet homme intelligent ne cherchait pas à remplacer l’amour d’une mère. Ce qu’il recherchait, au-delà d’une forme de sécurité, c’était la preuve de son existence, et cela passait par le fait de partager sa vie quotidienne avec un(e) autre qui pouvait aussi bien être un inconnu ou un soignant. Il était d’ailleurs prêt à se suicider dans le cas où il ne trouverait aucune structure pour l’accueillir. Bien sûr, il s’agissait d’un cas particulier, indissociable de l’état de schizophrénie. Mais cela m’avait fait réfléchir…
Je fais partie de ces gens qui aiment profondément la solitude au point d’avoir besoin de leur shoot régulier. Paradoxal, pour la mère de famille nombreuse que je suis devenue ? Non, banalement complémentaire, je crois. Mais je reste frappée de voir combien, d’une manière générale, la solitude est considérée comme une malédiction…Alors qu’il me semble que c’est dans ces moments, où l’on se trouve enfin face à soi, sans témoin, que l’on touche à la vérité brute. Il y a des peurs, bien sûr, mais aussi du bonheur et même de la jouissance dans les découvertes qu’on y fait. La vie, quoi.
Je fais partie de ces gens qui aiment profondément la solitude au point d’avoir besoin de leur shoot régulier. Paradoxal, pour la mère de famille nombreuse que je suis devenue ? Non, banalement complémentaire, je crois. Mais je reste frappée de voir combien, d’une manière générale, la solitude est considérée comme une malédiction…Alors qu’il me semble que c’est dans ces moments, où l’on se trouve enfin face à soi, sans témoin, que l’on touche à la vérité brute. Il y a des peurs, bien sûr, mais aussi du bonheur et même de la jouissance dans les découvertes qu’on y fait. La vie, quoi.
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