lundi 24 mars 2008

fracture démocratique au Royaume du Bonheur



Connaissez-vous le Bhoutan ? Niché entre Inde et Chine, cet Etat, où la télévision et internet n’ont pénétré que depuis 1999, ressemble à une utopie. Car s’il était soumis jusqu’ici à un régime de monarchie absolue (avec un roi de tradition bouddhiste), le pays a toujours eu pour règle et objectif dominants la poursuite du bonheur. Non, ce n’est pas une blague ! A tel point que l’indice officiel le plus important du pays est le BNB (bonheur national brut), bien avant le PNB (produit national brut) cher à nos économies occidentales. Le BNB mesure le bonheur des habitants au travers de 4 facteurs : le développement économique, celui de la culture bhoutanaise, la sauvegarde de l'environnement et la promotion du développement durable et enfin, la bonne gouvernance responsable. Le programme politique affiché, c’est la recherche de l’équilibre entre développement matériel et spirituel. Tout effort individuel doit tendre vers le bonheur et la société a mission de l’encourager par tous les moyens. Et ça marche : les Bhoutanais sont heureux. Du moins l’étaient-ils jusque là. Car voici trois ans le très aimé roi a annoncé qu’il abdiquerait en 2008, afin de construire une véritable démocratie et de permettre un rayonnement plus important du pays. Et surtout, a-t-il précisé, parce qu’il considère qu’il n’est pas juste de remettre le destin d’un pays entre les mains d’un homme choisi non en fonction de son mérite, mais de sa naissance. Or, nous y voilà : le temps des élections est lancé, et au grand dam de ses sujets, le roi a confirmé qu’il renonçait à son pouvoir. Eh oui, personne là-bas ne semble souhaiter ces élections. « On vote uniquement parce que le Roi l’a demandé », se désolent les Bhoutanais, qui constatent que les démocraties voisines (Népal, Bangladesh, Inde…) sont en proie à l’instabilité et aux difficultés de tous ordres, quand le Bhoutan n’a jamais été si paisible et prospère. Les deux listes de candidats (il a bien fallu trouver des volontaires) se déclarent d’ailleurs majoritairement monarchistes et se proposent de poursuivre un programme identique... : la poursuite du bonheur. Chacun va donc se rendre aux urnes le « cœur brisé » (sic), en espérant que cette nouvelle configuration ne bouleversera pas leur vie. Cet événement aura eu en tout cas le mérite de mettre en lumière, pour nous autres les démocrates du « reste du monde », la possibilité du bonheur à l’échelle d’un pays. De quoi nous laisser songeur...
(merci à Matthew Rosenberg/The Independent)

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