Croisées dans un couloir du salon du livre, Isabelle Wekstein et Souad Belhaddad : l’une est avocate, l’autre écrivain, l’une est juive, l’autre arabe. En tandem, elles interviennent régulièrement dans les collèges de la Seine Saint Denis pour sensibiliser les jeunes aux dangers de la discrimination et des préjugés. Pas de longs discours bien-pensants mais des jeux de rôles et de drôles de questions… Et pour commencer, au fait, qui est la juive ? Qui est l'Arabe ? Les collégiens observent, répondent, se trompent, Ah c’est pas vous la juive ? Pourtant, ce nez « crochu »… Eh bien non, ce nez (joli et busqué) appartient à Souad. Les deux femmes font réagir aux mots et aux idées qu’ils cachent, démontrent que les victimes du racisme et de l’antisémitisme, par leurs propres paroles, sont souvent aussi ceux qui les propagent. Petit exercice récurrent : combien la France compte-t-elle de juifs et de musulmans ? interrogent-elles. Selon la classe, l’école (elles vont aussi bien en privé qu’en public, écoles laïques ou confessionnelles), les réponses sont fonction des fantasmes : 5, 10 millions de juifs ? 40 millions de musulmans ? Elles rétablissent la vérité : 63 millions d’habitants en France, 600 000 juifs, 5 millions de musulmans. Silence, à chaque fois. Et ces Noirs, ces Arabes, ces juifs, on en dit quoi ? Les stéréotypes fusent… Violeurs, voleurs, menteurs, fainéants… Eh oui, souligne Souad : tous les Arabes sont des voleurs, donc moi aussi, je suis une voleuse. Non mdame pas vous ? Ah oui, je suis une exception, c'est ça ?… Au tour d’Isabelle de les faire réagir à la loi : elle leur lit le code pénal, rubrique discrimination. Précise. Soudain, les élèves comprennent le poids de leurs insultes, de leurs mots, d’actes qu’ils considéraient banals et qu'ils découvrent délits. Se trouvent l’un après l’autre dans la position de l’isolé. On soulève toutes les formes de conflit religieux, communautaire. Isabelle et Souad sortent épuisées mais avec le même sourire, celui qui capte si bien leur auditoire (à commencer par moi). Elles sortent sous les "merci, revenez!". Prêtes à poursuivre, classe à classe. Investies, sans attendre d’autre retour que la satisfaction de participer à l’éveil des consciences. Prêtes à ajouter goutte d'eau à goutte d'eau dans l'océan de l'humanité.
Je prends dans quelques minutes le train pour rejoindre des lycéens et leur parler de littérature. Il se pourrait bien que je leur parle aussi des aventures discrètes de Souad Belhaddad et Isabelle Wekstein.
jeudi 20 mars 2008
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