
Sur fond de réforme de la justice, un colloque annoncé en mai prochain va tenter de remettre au premier plan la question de la médecine en prison. Bien que cette médecine dépende depuis 1994 du ministère de la Santé, avec pour principe "une qualité et une continuité de soins équivalentes à ceux offerts à l’ensemble de la population", la réalité offre un constat effrayant. Fin 2007, on comptait environ (en équivalent temps plein) 100 généralistes, 50 dentistes, 30 spécialistes hors psychiatrie et 180 psychiatres, alors que le nombre de détenus approche les 65.000, et que la population pénale présente des problèmes de santé physique et psychiatrique nettement supérieurs à ceux de la population du dehors.
C’est d’ailleurs sur le plan psychiatrique que la situation est la plus effrayante : 15.000 détenus souffrent de problèmes mentaux graves !
En hospitalisation (secteur "protégé"), la capacité d’accueil n’est que de 300 lits. Pire, suite à la fermeture de nombreux lits en psychiatrie, les personnes fragiles errent et se retrouvent facilement en prison, grossissant les troupes de mal-soignés, et survivant avec peine là où les soins appropriés et où les chances de réinsertion sont faibles. On entre alors un cercle vicieux. La cocotte-minute monte en température, les esprits s’égarent et les corps se délitent. Certes, des moyens supplémentaires ont été annoncés par la garde des Sceaux en janvier dernier (500 postes de médecins coordonnateurs et de 50 psychiatres pour les prisons) mais chacun sait qu’ils sont loin d’être suffisants.
… Comme le dit un praticien, "assurer la santé publique en prison ressort aujourd’hui d’une forme de travail militant". Il est insupportable de penser qu’au-delà de la loi, la justice n’inflige pas seulement une peine d’enfermement à celui qu’elle condamne, mais une punition tous azimuts. Les conditions de détention actuelles multiplient les dégâts collatéraux sur le plan psychique, physique, intellectuel, social. Dans ce contexte, le devoir de renforcer et développer la médecine carcérale semble une évidence. Mais les soignants en prison ont une couverture médiatique bien inférieure aux autres corporations, telles que les infirmières ou les urgentistes, par exemple. Et trop nombreux sont encore ceux qui se désintéressent du quotidien des détenus en s’abritant derrière « après tout, c’est de leur faute s’ils en sont là ». Voilà pourquoi j’ai eu envie d’utiliser cet espace pour soutenir cette cause. Défendre la médecine en prison, c’est défendre l’être humain. (merci à l’association nationale des visiteurs de prison.)
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