lundi 28 avril 2008

insomnies

Voilà, elles sont revenues les insomnies. Ces vieilles copines. Les bonnes et les mauvaises. Les bonnes, ce sont ces parenthèses inespérées d’énergie, ce cadeau incroyable : un supplément de vie même pas volé, obtenu dans les règles. On s’endort, et puis, hé, quoi ? la paupière se soulève, tiens, bizarre, on est en pleine forme – il est pourtant trois heures du matin c’est normal docteur ? Le silence enveloppe le corps, on jette un œil par la fenêtre pour apercevoir les rares lueurs – les autres, nos compagnons anonymes. On leur sourit mentalement. On déguste, parce qu’on sait la valeur du bonus. On profite. On se promène de l’intérieur. Un peu plus tard, baillement : on se recouche l’esprit tranquille, facile, on sait qu’au réveil, il n’y aura nulle trace de fatigue, au contraire.
Et puis il y a les autres. Celles de tous les combats, de toutes les menaces. Qui tétanisent et rendent fou : impossible d’exploiter ce temps inutile, pénétré qu’on est de la peur du lendemain. Unique consolation, ce sentiment d’appartenir à une immense famille. Car ils sont nombreux, les esprits qui hurlent, les visages qui se défigurent, les chairs qui se nouent pendant ces nuits béantes qu’on échoue à combler malgré mille subterfuges. On jette un œil par la fenêtre, on ne voit que les endormis, ces bienheureux qu’on se surprend à envier. On accède malgré soi à des univers parallèles, aïe, ça se complique. Tourner, retourner. Traverser, se traverser. Les minutes, les heures passent, ce temps gâché, plié. On voudrait aligner les idées mais le corps est lourd, les membres se dérobent. La fatigue grandit à mesure que le sommeil s’éloigne, nous nargue. Bras de fer. Cœur battant. Elles sont fortes, très fortes. Surtout ces temps –ci : pas simple, donc. Mais je serai patiente, les filles. Vous n'avez pas encore gagné.
(ps : toutes formules magiques ou autre arme fatale sont les bienvenues….)

2 commentaires:

Anonyme a dit…

J'ai rarement lu une aussi belle description de l'insomnie ; je la vis toutes les nuits avec le visage de mon fils pendu, alors qu'il avait dix-huit ans, devant les yeux et face à l'obscurité.
Dès que j'aurai des sous -un jour peut-être - j'achèterai ton roman.

valérie tong cuong a dit…

@anonyme : merci, merci de ces mots intenses et douloureux à la fois. (Quant à Providence, il est déjà possible de l'emprunter dans différentes bibliothèques)