
Certaines expériences sont si violentes qu'elles rendent à vie muets de terreur ceux qui les ont traversées. De terreur, de remords, de culpabilité. Impossibilité à exprimer la glissade infinie. Inaptitude à affronter l'image, le souvenir. On déguise, on digresse, on contourne, on s'échappe. Ca finit mal, souvent. Très mal. De l'intérieur. Car tandis qu'on joue à cache-cache avec la mémoire et les autres, la peur grandit, le mal s'insinue. L'issue se rétrécit. L'avenir disparaît.
"tout ça était de ma faute".
Parfois pourtant, -pourquoi ? comment ? mystère... les choses tournent différemment. Il (elle) prend le dessus dans la lutte intérieure. Il (elle) parle. Il (ou elle) tente le tout pour le tout. Cette fois, il -lui- c'est Christophe Tison. Il reprend au couteau la parole là où il l'avait laissée avec "il m'aimait", et publie "Résurrection", le récit de sa cure de désintoxication. Désintoxication des produits absorbés pour survivre à la peur. Désintoxication de la peur. Peur des monstres, peur du monstre qu'on est devenu, peur du mal que l'on s'est infligé et de celui qu'on inflige à ceux qui nous entourent. Peur de la peur. Angoisse, épouvante, effroi.
Et puis, presque inattendue, à force de bras de fer, à force de tenir "juste aujourd'hui" et peut être un peu aussi par chance, par hasard, -car parmi ceux, nombreux, qui échouent à prendre le dessus, il y en a pourtant d'aussi valeureux, d'aussi malheureux, d'aussi lucides, d'aussi costauds): la résurrection.
Difficile d'en dire plus. Pour ceux qui ont touché cet univers, et pour ceux qui ont envie le comprendre.
"Résurrection". Christophe Tison. Grasset
1 commentaire:
Joli billet, Valérie.
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