samedi 10 mai 2008

devoir de mémoire

Des années durant je me suis interrogée sur l’absence de commémoration de l’abolition de l’esclavage et de la traite. L’enfant, l’adolescente puis la jeune adulte que j’étais se heurtait sans cesse à l’indéchiffrable : comment un tel crime pouvait-il être aussi peu dénoncé ? Cette journée de commémoration est un progrès, mais ne doit pas être un alibi. Je crois personnellement qu’on est loin du compte en matière de devoir de mémoire, et des leçons que l’on doit tirer de nos crimes passés. Comme je crois qu’on est loin du compte en matière de liberté, égalité et fraternité lorsqu’il s’agit des Noirs de France et d’ailleurs (la question aux USA en particulier est tellement loin d’être résolue). Il y a encore un racisme latent largement développé, n’en déplaise aux bien-pensant qui aimeraient me faire croire le contraire. Il y a encore une douleur profonde, tenace, insurmontable, une blessure à soigner sinon à guérir, celle de ces « millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme » (Aimé Césaire, discours sur le colonialisme). On ne parle pas de préhistoire, mais d’hier. La génération de nos grands-parents a vécu l'époque de la ségrégation. Nos grands-parents, oui ! Etaient-ils fous ? Non, ils étaient humains. Leur génération a dérapé comme la nôtre dérape, par ailleurs, dans d’autres pays du monde. L’être humain est vulnérable. Il nous appartient d’être exigeant, de combattre, et d’utiliser tous les outils à notre disposition. Le devoir de mémoire en est un, à condition qu’on le nourrisse par nos actes, au quotidien.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Cela va sans dire, mais ça va mieux en le disant, et en l'écrivant (bien)...