mardi 13 mai 2008

malheureux Liban

Voici une dizaine d’années, j’ai eu l’occasion de me rendre à Beyrouth. J’étais curieuse et un peu inquiète à l’idée de rencontrer un pays qui avait tant souffert. Je n’imaginais pas à l’époque le choc que je vivrais : la guerre était terminée officiellement depuis plusieurs années, et les Libanais croisés à Paris semblaient remplis d’espoir et d’énergie. C’est pourtant des chars et des ruines que j’ai vus dès mon arrivée en ville. Chars syriens, militaires partout postés en armes, surveillant, jugulant la vie, l’étouffant. Immeubles criblés de balles, murs et routes défoncés. Etait-ce cela, la paix ? Peut-être. Car au milieu de ces plaies encore béantes : des constructions, des échafaudages, de la musique plein les voitures, des bandes de filles joyeuses en talons aiguilles ; la vie qui reprenait, donc. En parlant avec les uns et les autres, j’ai compris qu’aucune famille n’avait été épargnée. Les jeunes gens de vingt ans n’avaient pas d’autre souvenir que celui de la guerre ou d’une paix discutable. Il y avait une sorte d’angoisse mêlée de désir, un chagrin voilé, une appréhension. Et malgré tout, cette énergie, cette volonté d’en sortir, d’être les plus forts –plus forts que la mort- et surtout les plus sages. Les Libanais aspiraient à vivre ensemble, indépendants, dans la tolérance. De leur situation complexe à la croisée des religions et des cultures, ils voulaient tirer le meilleur. Ils se sont battus. Ils ont reconstruit. A force de bras de fer et au prix de vies sacrifiées, ils ont obtenu le départ des Syriens. Alors ils y croyaient, forcément. En dix ans, j’ai souvent pensé à ces appartements éventrés qu’on voyait de la route, en longeant le bord de mer. Avaient-ils été rasés pour faire place au neuf, à l’avenir, à la vie en somme ? Mais voilà que le rêve s’effondre. La souffrance, la peur, l’intolérance reviennent subitement. La guerre civile pèse comme une menace épouvantable. Les tirs ont repris. Certains semblent l’admettre : selon eux c’est normal, après tout, ça ne peut pas se passer autrement dans cette région du monde. Mais d’autres ne renoncent pas. Je pense à eux. Je pense au soleil sur Beyrouth lorsqu’il joue avec la poussière des rues.

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