mardi 24 juin 2008

coûte que coûte


Coup publicitaire ? Joke ? Tentative désespérée de récupérer celle qui l'avait quitté ? En tout cas, il l'a fait. Voici environ 3 mois, certains d'entre vous l'avaient peut-être suivi, Ian Usher, un Britannique établi en Australie (Perth) depuis quelques années avait annoncé sur internet qu'il comptait mettre son existence aux enchères. Son existence,c'est à dire 100% de ce qu'il possède matériellement (maison 3 chambres équipée ultra hi-tech, voiture, moto, jet-ski, kite-surf, spa entre autres) mais aussi son style de vie, son job (son patron s'est engagé à prendre l'acheteur à l'essai), ses amis etc. L'idée, quitter sa maison le jour de la transaction avec en poche son portefeuille, son passeport et les vêtements qu'il portera ce jour-là. Pour se donner toutes les chances de trouver un acquéreur, il a monté un site internet (www.alife4sale.com) qui détaille ses motivations et la nature de l'offre. Et a mis sa vie aux enchères sur Ebay avant-hier, fin de l'enchère le 29 juin. Avec un prix de réserve et la faculté de refuser, donc de choisir les enchérisseurs.Il espère obtenir 500 000 dollars australiens. A l'heure où j'écris, il a recueilli 35 enchères (pour un montant de 310100 doll australiens)... Son existence ? Elle semble tout droit sortie d'une comédie romantique américaine, tous clichés inclus (je vous laisse le soin de la découvrir sur ebay). Rien ne manque, à part la fiancée, cela va de soi... Mais au fond, ce n'est pas à lui que revient le premier rôle. En admettant que tout ceci ne soit pas un simple coup, c'est à l'entourage de Ian Usher et bien sûr à son successeur que je m'intéresserais plutôt. Car là, on peut vite virer à la folie pure... Changer de vie, tout recommencer, beaucoup de gens dont on ne parle pas le font à leur manière chaque année. Beaucoup d'autres en rêve. Ce qu'ils cherchent, c'est retrouver un sens, du sens. Leur sens. Mais lorsqu'il s'agit de se glisser dans l'existence formatée d'un autre, alors là, c'est qu'on cherche autre chose... Et là, ça se gâte. Enfin, c'est mon avis.

jeudi 19 juin 2008

obsessions littéraires (2) - William Faulkner

(...) Peut-être simplement ne pensa-t-elle jamais qu’il pût y avoir un être aussi proche d’elle que son enfant unique né de son propre sein et à qui elle dût avouer combien on l’avait humiliée et combien elle avait souffert. Ou peut-être lui avait-elle déjà dit avant qu’il ne fût assez grand pour comprendre ce qu’on lui disait, elle l’avait déjà dit tant de fois et avec tant d’insistance que les mots n’avaient plus de sens pour elle non plus, parce qu’ils ne devaient plus en avoir et qu’elle était arrivée au point où lorsqu’elle se figurait le dire, elle se taisait et que quand elle se croyait muette ce n’était que la haine, la rage, l’insomnie, la rancune. Ou peut-être ne tenait-elle pas encore à ce qu’il le sût. (…)

Il était trop jeune pour percevoir quelque chose de cohérent dans cette fureur, dans cette haine, dans cette brusquerie maladroite (…) Il n’éprouvait qu’une simple curiosité, il se créait à lui-même (sans l’aide de personne, car qui l’aurait aidé ?) son idée personnelle sur ce Porto-Rico, cet Haïti ou ce n’importe quoi dont il comprenait vaguement être venu, comme les enfants bien élevés le font du Ciel, du carré de choux ou de quelqu’endroit d’où ils soient venus sauf que le sien était différent car on n’était pas censé (en tout cas votre mère n’en avait pas l’intention) y retourner jamais (et peut-être, quand vous auriez son âge, seriez-vous épouvanté, vous aussi chaque fois que vous découvririez tapi au fond de vos pensées quelque chose dont simplement l’odeur ou le goût pourrait ressembler à un désir d’y retourner). Vous n’étiez pas censé savoir quand ni pourquoi vous l’aviez quitté, uniquement que vous en aviez fui, que la puissance, quelle qu’elle fût, qui avait créé cet endroit-là pour que vous le haïssiez vous avait également chassé de cet endroit afin que vous puissiez le détester pour de bon et ne jamais lui pardonner au sein du calme et de la routine (pas exactement dans ce que vous appelleriez la paix) ; que vous deviez remercier Dieu de ne rien vous rappeler de cet endroit mais, en même temps, que vous ne deviez pas, que vous n’osiez peut-être pas l’oublier – lui ne se rendant peut-être pas même compte qu’il considérait comme admis que les autres gosses , eux non plus, n’avaient pas de père et que d’être arraché à peu près chaque jour à quelque innocente occupation, dans laquelle vous n’ennuyiez personne ou même ne pensiez à personne, par quelqu’un, parce que ce quelqu’un était plus âgé que vous, plus fort que vous, et être tenu pendant une minute ou cinq minutes sous une sorte de tuyau crevé d’incompréhensible fureur, de farouche tendresse, de désir de vengeance et de jalousie enragée faisait partie de l’enfance que toutes les mères d’enfants avaient subi de leur mère à leur tour, et leurs mères à leur tour, de ce Porto-Rico, de cet Haïti ou de ce n’importe quoi d’où venait tout ce monde mais où personne n’avait jamais habité. De sorte que quand il serait grand et qu’il aurait des enfants, il devrait, lui aussi, leur transmettre cela (et peut-être conclut-il sur-le-champ que c’était là trop d’histoires et de tracas et qu’il n’aurait pas d’enfant, ou, tout-au-moins, qu’il n’espérait pas en avoir) et par conséquent personne n’avait de père, personne n’avait un Haïti ou un Porto-Rico personnel, mais tous les visages de mères qui eussent jamais existé fondaient, à ces moments que l’on pouvait presque calculer, du haut de quelque obscur et antique affront, de quelque humiliation collective que la chair actuellement vivante et articulée n’avait pas soufferte mais seulement héritée ; toute la chair de tous les petits garçons qui marchaient et qui respiraient était issue de cette unique paternité ambiguë, abusée, obscure, et c’était pour cela qu’elle fraternisait, éternelle et ubiquitaire, partout sous les soleil…(...)
Absalon ! Absalon ! (L'imaginaire. Gallimard)

mardi 10 juin 2008

obsessions littéraires (1) - Jean Genet

"Divague ma Folie, enfante pour ma joie Un consolant enfer peuplé de beaux soldats, Nus jusqu’à la ceinture, et des frocs résédas Tire d’étranges fleurs dont l’odeur me foudroie
Arrache on ne sait d’où les gestes les plus fous Dérobe des enfants, invente des tortures, Mutile la beauté, travaille les figures, Et donne la Guyane aux gars, pour rendez-vous
O mon vieux Maroni, ô Cayenne la douce ! Je vois les corps penchés de quinze à vingt fagots Autour du mino blond qui fume les mégots Crachés par les gardiens dans les fleurs et la mousse
Un clop mouillé suffit à nous désoler tous Dressé seul au dessus des rigides fougères Le plus jeune est posé sur ses hanches légères Immobile, attendant d’être sacré l’époux
Et les vieux assassins se pressant pour le rite Accroupis dans le soir tirent d’un bâton sec Un peu de feu que vole, actif, le petit mec Plus émouvant et pur qu’une émouvante bite
Le bandit le plus dur, dans ses muscles polis Se courbe de respect devant ce gamin frêle Monte la lune au ciel s’apaise une querelle. Bougent du drapeau noir les mystérieux plis
T’enveloppent si fin, tes gestes de dentelle ! Une épaule appuyée au palmier rougissant Tu fumes. La fumée en ta gorge descend Tandis que les bagnards, en danse solennelle,
Graves, silencieux, à tour de rôle, enfant, Vont prendre sur ta bouche une goutte embaumée, Une goutte, pas deux, de la ronde fumée Que leur coule ta langue O frangin triomphant,
Divinité terrible, invisible et méchante, Tu restes impassible, aigu, de clair métal, Attentif à toi seul, distributeur fatal Enlevé sur le fil de ton hamac qui chante
Ton âme délicate est par de là les monts Accompagnant encore la fuite ensorcelée D’un évadé du bagne, au fond d’une vallée Mort sans penser à toi, d’une balle aux poumons."
Le condamné à mort. Extraits.

lundi 9 juin 2008

avoir faim


J’ai applaudi ce week-end la victoire d’Ana Ivanovic à Roland Garros. Excellente joueuse, radieuse et gracieuse à la fois. Serbe, comme pas mal d’autres parmi la nouvelle génération montante du tennis. Alors que je m’interrogeais sur ceux-là, une amie travaillant dans ce milieu m’a fourni des éléments d’explication. La fédération de tennis serbe a très peu de moyens. Le pays ne possède qu’une vingtaine de cours couverts, équipés d’une moquette hors d’âge : autant dire, rien. C’est ainsi que durant la période d’hiver et plus généralement de mauvais temps, les entraîneurs font jouer leurs élèves dans une piscine vide. Les courts sont plus petits que la norme. Quant aux murs de la piscine, ils se trouvent à quelques centimètres des lignes. Les joueurs apprennent donc plus vite qu’ailleurs à remettre la balle au bon endroit et à servir au plus près, bien obligés. Tout s’accélère dans des conditions plus dures. Personne ne s’en plaint : c’est déjà le paradis comparé à ce qu’ils vivaient voici quelques années, lorsque les bombes s’abattaient autour d’eux. Certains avaient alors le sentiment de jouer leur vie à chaque point, et au sens propre comme au sens figuré. Le sport était à la fois une manière de survivre, s’en sortir mais aussi d’expulser, exprimer ses peurs, sa rage, ses désirs. Les bombardements se sont tus, mais leur souvenir reste vif : ne serait-ce qu’au travers des ruines qu’ils ont laissées.. notamment en matière d’équipement sportif.
Lorsque l’été arrive, les joueurs et joueuses serbes quittent la piscine et réapprennent à l’extérieur à utiliser la largeur des cours dans sa totalité. Mais ils ont acquis une dextérité et une précision impressionnantes. Lorsqu’on faim et soif de tout et qu’on a les poches vides, on apprend à payer de sa personne : on va chercher dans ses tripes une énergie qui n’existe nulle part ailleurs. Le sport nous en a souvent fourni la démonstration dans d’autres disciplines.
Alors, pour les autres, ceux qui ont le confort à portée de main ? Comme le disait ma grand-mère : il faut toujours sortir de table en ayant faim.

mardi 3 juin 2008

jf partage appartement...


Fascinante information en provenance du Japon...Un homme qui s'étonnait de constater la disparition régulière de nourriture dans son appartement a posé des caméras cachées et découvert qu'une femme vivait à son insu dans un placard inutilisé. La femme, âgée de 58 ans et sans emploi avait installé un petit matelas dans le placard -sans qu'on sache comment, ni quand elle était entrée clandestinement dans les lieux. Après enquête, la police a estimé qu'elle (sur)vivait là depuis plusieurs mois. Alors qu'on l'interrogeait sur les motifs de ce squat plutôt étonnant, elle s'est contentée de répondre : je n'ai trouvé aucun autre endroit où vivre.
Elle n'a jamais laissé d'autre trace de son existence que ces vols de nourriture. Une existence réduite, donc, à quelques pas furtifs en l'absence de son "co-locataire" et à des heures interminables, tassée dans un espace confiné.. Un corps, deux bouteilles d'eau et un matelas, voilà tout. Cette femme a-t-elle trouvé dans ce placard un moyen de cacher son dénuement ? Etait-ce un acte de désespoir ou de folie ? Peut-être un peu des deux.

Cette histoire d'improbable cohabitation me ramène à une autre, survenue fin février à Wichita, Kansas. La police a trouvé, dans une maison ordinaire, une jeune femme de 35 ans littéralement collée à une cuvette de wc. Elle ne s'était pas levée depuis deux ans. Oui, deux ans. Freaks ! C'est son compagnon (enfin.. c'est ainsi qu'ils se sont eux-même définis) qui a prévenu la police. Collée, donc. Selon les propres termes du sheriff, la peau avait "poussé" sur le siège devenu une sorte d'excroissance. La femme a d'abord refusé d'être hospitalisée, jurant qu'elle n'avait besoin d'aucune aide et qu'elle ne comptait pas sortir de là. Puis elle a fini par céder. Il a fallu découper le siège des toilettes, ôté plus tard par les médecins.
"C'est difficile à imaginer", a reconnu le sheriff en commentant à la presse. "Moi-même, qui l'ai vue, j'ai encore du mal à l'imaginer.." Le pantalon baissé, les jambes étaient comme atrophiées.
Le boy-friend, bien sûr, a été interrogé. Il a assuré qu'il la suppliait chaque jour de sortir, en lui apportant de quoi boire et manger. Elle répondait invariablement "peut-être demain". Deux ans plus tard, donc, il a tout de même appelé la police : "je crois qu'il y a quelque chose qui ne va pas chez ma copine".
Qui est le plus désaxé des deux, difficile à dire. Aucun, là encore, n'a pu donner une explication à ses actes.
Que deviendront ces êtres perdus, de Fukuoka à Wichita ? Je parie, hélas, que l'histoire -la presse- ne le dira pas. Placard ou wc, leur bulle étrange était peut-être bien pour eux la dernière digue. Les voilà emportés très loin par le flot de leurs cauchemars. Et des nôtres.