lundi 9 juin 2008

avoir faim


J’ai applaudi ce week-end la victoire d’Ana Ivanovic à Roland Garros. Excellente joueuse, radieuse et gracieuse à la fois. Serbe, comme pas mal d’autres parmi la nouvelle génération montante du tennis. Alors que je m’interrogeais sur ceux-là, une amie travaillant dans ce milieu m’a fourni des éléments d’explication. La fédération de tennis serbe a très peu de moyens. Le pays ne possède qu’une vingtaine de cours couverts, équipés d’une moquette hors d’âge : autant dire, rien. C’est ainsi que durant la période d’hiver et plus généralement de mauvais temps, les entraîneurs font jouer leurs élèves dans une piscine vide. Les courts sont plus petits que la norme. Quant aux murs de la piscine, ils se trouvent à quelques centimètres des lignes. Les joueurs apprennent donc plus vite qu’ailleurs à remettre la balle au bon endroit et à servir au plus près, bien obligés. Tout s’accélère dans des conditions plus dures. Personne ne s’en plaint : c’est déjà le paradis comparé à ce qu’ils vivaient voici quelques années, lorsque les bombes s’abattaient autour d’eux. Certains avaient alors le sentiment de jouer leur vie à chaque point, et au sens propre comme au sens figuré. Le sport était à la fois une manière de survivre, s’en sortir mais aussi d’expulser, exprimer ses peurs, sa rage, ses désirs. Les bombardements se sont tus, mais leur souvenir reste vif : ne serait-ce qu’au travers des ruines qu’ils ont laissées.. notamment en matière d’équipement sportif.
Lorsque l’été arrive, les joueurs et joueuses serbes quittent la piscine et réapprennent à l’extérieur à utiliser la largeur des cours dans sa totalité. Mais ils ont acquis une dextérité et une précision impressionnantes. Lorsqu’on faim et soif de tout et qu’on a les poches vides, on apprend à payer de sa personne : on va chercher dans ses tripes une énergie qui n’existe nulle part ailleurs. Le sport nous en a souvent fourni la démonstration dans d’autres disciplines.
Alors, pour les autres, ceux qui ont le confort à portée de main ? Comme le disait ma grand-mère : il faut toujours sortir de table en ayant faim.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

"il faut toujours sortir de table en ayant faim"

Je Vous remercie pour cette phrase salvatrice, j'en avait besoin...