"Divague ma Folie, enfante pour ma joie Un consolant enfer peuplé de beaux soldats, Nus jusqu’à la ceinture, et des frocs résédas Tire d’étranges fleurs dont l’odeur me foudroie
Arrache on ne sait d’où les gestes les plus fous Dérobe des enfants, invente des tortures, Mutile la beauté, travaille les figures, Et donne la Guyane aux gars, pour rendez-vous
O mon vieux Maroni, ô Cayenne la douce ! Je vois les corps penchés de quinze à vingt fagots Autour du mino blond qui fume les mégots Crachés par les gardiens dans les fleurs et la mousse
Un clop mouillé suffit à nous désoler tous Dressé seul au dessus des rigides fougères Le plus jeune est posé sur ses hanches légères Immobile, attendant d’être sacré l’époux
Et les vieux assassins se pressant pour le rite Accroupis dans le soir tirent d’un bâton sec Un peu de feu que vole, actif, le petit mec Plus émouvant et pur qu’une émouvante bite
Le bandit le plus dur, dans ses muscles polis Se courbe de respect devant ce gamin frêle Monte la lune au ciel s’apaise une querelle. Bougent du drapeau noir les mystérieux plis
T’enveloppent si fin, tes gestes de dentelle ! Une épaule appuyée au palmier rougissant Tu fumes. La fumée en ta gorge descend Tandis que les bagnards, en danse solennelle,
Graves, silencieux, à tour de rôle, enfant, Vont prendre sur ta bouche une goutte embaumée, Une goutte, pas deux, de la ronde fumée Que leur coule ta langue O frangin triomphant,
Divinité terrible, invisible et méchante, Tu restes impassible, aigu, de clair métal, Attentif à toi seul, distributeur fatal Enlevé sur le fil de ton hamac qui chante
Ton âme délicate est par de là les monts Accompagnant encore la fuite ensorcelée D’un évadé du bagne, au fond d’une vallée Mort sans penser à toi, d’une balle aux poumons."
Le condamné à mort. Extraits.
mardi 10 juin 2008
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