vendredi 4 juillet 2008

magie, miracle, mystique


Etonnantes dernières journées... Cela a commencé avec le festival du livre de Nice, où sous un soleil de plomb j'ai pu refaire le monde, ou plutôt disons, y travailler en compagnie d'auteurs passionnants, Michel Folco* ou Gaston Kelman, entre autres. Ah, au fait, Michel me raconte cette anecdote à peine croyable : il y a quelques années, le MIT aurait analysé l'arme "ultime" de la Chine. Il suffirait en effet de demander à tous les Chinois de monter sur une table et de sauter dessus à un signal donné pour engendrer un mouvement sismique en Californie. Cette arme-là, impossible de la contrer avec un traité de non-prolifération... Avec Gaston, essayiste explosif, nous évoquons la question Noire, je lui parle de cet étonnant "Journal d'un Négrier au XVIIIème siècle", écrit dans les années 1740 par le capitaine anglais Snelgrave. On discute beaucoup liberté, monnaie d'échange humaine, politiques nauséabondes... Et voici que quelques jours plus tard, Ingrid Betancourt est libérée. Sa première réaction : parler de miracle... Hop, la polémique est lancée. Moi je songe surtout à ce qu'elle va devoir gérer désormais d'émotions et de difficultés dans son rapport au monde. Interrogé sur les réactions des otages après une libération, un psychiatre évoque entre autres le risque de dissociation. Je bondis, ou plutôt mon coeur bondit : je n'ai pas été otage d'un groupe armé, mais j'ai moi-même expérimenté bien malgré moi ce phénomène, cet état, lorsqu'on se met à vivre, agir mécaniquement, luttant pour se reconcentrer, recoller constamment les morceaux du quotidien, les habiter, (en vain) en fait, on vit à côté de soi, les événements se déroulent sans qu'on puisse y trouver la moindre prise à laquelle s'accrocher, c'est une sorte de dédoublement épouvantable qui vous laisse sur le carreau, exsangue, tandis que votre entourage est perdu, vous identifie sans vous reconnaître, tente de vous secouer, s'effraie -et c'est bien normal, car vous faîtes peur à voir . Courage, Ingrid. Et puis quoi ? Au moment même où j'écris ces lignes, où je pense angoisse, pulsions, combats, je fais une nouvelle découverte qui laissera songeurs tous les enfants des années 70 : des chercheurs américains (Griffiths, Journal of Psychopharmacology) viennent de publier une étude sur les psilocybes, plus communément apppelé champignons magiques... Sans surprise, les volontaires en ayant absorbé ont effectué en très grande majorité une expérience mystique ou spirituelle. Ce qui est nouveau, c'est que, plus d'un an après, ils déclarent se sentir de mieux en mieux dans leur vie : bien-être, amour de la vie, force intérieure, vision positive... Leur appréciation de leur bien-être et de leur état psychologique n'a fait que croître. Comme si le psilo générait un effet bénéfique à long terme. Les chercheurs suggèrent donc, comme cela a déjà été le cas avec la marijuana, d'utiliser le champignon magique dans le cas de maladies très lourdes qui engendrent anxiété ou dépressions sévères, mais aussi dans le cas de dépendances. Le psilocybe est illégal un peu partout dans le monde, mais utilisé de manière notoire sur tous les continents et ça depuis des siècles, notamment bien sûr par les chamans. Les chercheurs défendent que son utilisation encadrée ne présente pas de danger (sauf bien sûr pour les personnes à tendance psychotique ou à problèmes psychiatriques lourds). Les quelques cas ayant ressenti de la peur pendant l'expérience n'en ont pas gardé trace ensuite. Pour les autres, que du bonheur... Vont-ils être entendus ? A suivre... En attendant, je vous laisse, c'est l'heure de l'omelette!

* Michel Folco, dernier ouvrage paru "Même le mal se fait bien" (Stock).Gaston Kelman, dernier ouvrage paru "les hirondelles du printemps africain" (JC Lattès).

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