vendredi 18 juillet 2008

tous proches de la folie

C’est un jour ordinaire. Dans l’avion, en partance pour les Nuits de Ecrivains, je feuillette les quotidiens. La presse commente encore abondamment le quintuple meurtre de cet homme dépressif en instance de divorce. Dans les mêmes pages, je lis qu’un père de 40 ans a pendu ses deux fillettes de 2 et 7 ans. Pendues, oui, chez leur mère, dont il était séparé. Puis il s’est pendu à son tour. Chaque matin apporte son lot de nouveaux basculements. De folies pures. Quand plus rien ne fait sens, même pas la cruauté. Qui sont (étaient) ces assassins ? Des gens qui ont aimé, ri, vécu, fait des projets. Des gens qui nous ressemblent. Ou ressemblent à un cousin, un ami, un collègue, un voisin. Pourquoi, comment ont-ils plongé jusqu’à l’irréversible ?
Certains cerveaux parviennent à résister lorsque le désespoir se pointe, quand le fond de l’impasse surgit. D’autres non. Ca fragmente, ça fissure, ça s’emballe. Ca explose. Sans doute ceux-là ne sont-ils pas outillés de la même façon. Histoire d’enfances, d’itinéraires. Car au fond qui n’a pas connu de pulsion violente ? Je me souviens d’une émission de radio au cours de laquelle une jeune mère affolée interpellait un psychiatre : « je ne supporte plus les cris de mon nouveau-né, il hurle sans arrêt, je ne dors plus, parfois j’ai envie de le jeter par la fenêtre pour que ça cesse, je suis un monstre ». « Non, Madame, avait répondu le médecin, vous n’êtes pas un monstre. Votre réaction est normale. Ce qui serait anormal, ce serait de rester parfaitement calme dans ce contexte. Tous les êtres humains ont à un moment ou un autre des pulsions extrêmement négatives et violentes. Ce qui fait justement que nous ne sommes pas des monstres, c’est que nous trouvons la force de faire taire. Le monstre est celui qui passe à l’acte. »
Il suffit pourtant de si peu de choses. Même journée, même journal : cette fois, c’est un pharmacien qui a oublié son fils de deux ans dans une voiture garée au soleil. L’enfant est mort. Et l’on reparle de monstre. On s’indigne, on le désigne comme un individu unique en son genre. Enfin, peut-on oublier son enfant ? Eh bien oui. La mère d’une de mes plus proches amies l’oubliait régulièrement. A la sortie de l’école, au supermarché, n’importe où. Dans sa tête, une idée chassait l’autre. Interrogé sur ce phénomène par le Figaro, un spécialiste en neurobiologie explique qu’un pan de notre mémoire est consacré à la vie quotidienne, ce qu’on vient de faire et ce qu’on a à faire. Mais il suffit qu’un élément extérieur interfère pour que cette mémoire disparaisse. Pour peu qu’on se concentre sur une autre tâche, on devient imperméable au reste : aucune chance de revenir à l’objet (ici, l’enfant), oublié.
Un élément, un événement, un mot, une image. Le rideau tombe, le noir s'abat. On ne joue plus, on est mort. Ca n'a pris qu'une seconde.
Ah, et puis, toujours dans la colonne des faits divers, cette info : en quelques jours, deux policiers se sont suicidés. Dans le bois de Vincennes pour l’un, en pleine rue pour l’autre. Une balle dans la tête. 23 policiers se sont donnés la mort depuis ce mois de janvier. Oui, il suffit de si peu de choses pour que tout parte en vrille, s’anéantisse. Semaine de fracas.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Blog passionnant et le plus beau prénom du monde...

valérie tong cuong a dit…

@ just a green ray through the night : merci ...Quant au prénom, je vous retourne le compliment : tres beau pseudo!